Entre parcelles ou en bordure de l’espace public, la clôture marque fortement les quartiers pavillonnaires. Un sujet très fréquemment évoqué lors des permanences qu’assure, en mairie ou dans ses locaux, le CAUE.
À travers le traitement des limites de propriétés se combinent des enjeux d’esthétique urbaine et, dans le Val-de-Marne comme ailleurs, un enjeu de société.
Les clôtures ont par nature un double-caractère : elles « masquent » le terrain privatif mais « marquent » l’accès à celui-ci. Elles protègent donc visuellement et physiquement l’espace privé tout en s’adressant à l’espace de la rue.
Ces dernières décennies, dans le Val-de-Marne comme dans de nombreux espaces pavillonnaires de France, un phénomène de fermeture affecte ces limites. Se développent des modèles de clôtures hauts, opaques et peu qualitatifs conduisant souvent à un net appauvrissement du paysage de la rue.
Amener le porteur de projet à considérer sa clôture comme un élément d’architecture à part entière, telle serait l’ambition première des conseils délivrés par le CAUE lors de ses permanences. Il est bien rare en effet que la clôture recueille autant d’attention que la construction principale. Et pourtant n’est-elle pas une façade presque comme les autres ? Premier plan visible depuis la rue, elle présente des ouvertures, une épaisseur et une composition avec un soubassement, un corps principal et un couronnement. Elle participe de la perception de l’espace urbain et intègre de multiples usages privés et collectifs (accès piétons et automobiles, support de biodiversité, intégration d’éléments techniques, harmonie et animation de la cité …).
L’installation, la modification ou le remplacement d’une clôture n’est donc pas un geste architecturalement anodin. Sa qualité dépend d’une triple considération :
- La considération du contexte morphologique. La problématique de la clôture se pose différemment selon la période et le type de construction qu’elle accompagne. Les pavillons de l’entre-deux-guerres offrent, à titre d’exemple, des clôtures sur rue composées d’un mur-bahut, souvent en pierre meulière apparente, protégé par un chaperon ciment et surmonté d’un barreaudage en ferronnerie, d’un dessin et d’une couleur identiques à ceux du portail ; les limites latérales sont quant à elles bordées de dispositifs moins dessinés, souvent un simple mur enduit. Au sein des lotissements des années 1970-80, on observe davantage des limites de parcelles moins construites et plus végétalisées, de types variés selon les opérations : lisses basses, portillons bois, murets en béton, haies végétales sans clôture bâtie … des haies, parfois doublées de grillage, séparent entre eux les jardins privés,
- La considération des différentes dimensions : largeur de la voie, surface du jardin, linéaire de la parcelle sur la rue, distance entre la clôture et le pavillon, sont des critères influant fortement sur l’impression donnée par la clôture,
- La considération de multiples enjeux associant architecture et environnement : biodiversité, gestion de l’eau, patrimoine, usages, matériaux, lien au tissu environnant … enjeux à mettre en lien avec le traitement du frontage (espace entre la maison et l’alignement), et plus généralement des espaces libres sur la parcelle.
Clôture dans un lotissement des années 1970/80 © CAUE 94
Clôture d’un pavillon de l’entre-deux-guerres © CAUE 94
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Les trois PLU intercommunaux exécutoires dans le Val de Marne encadrent les interventions sur les clôtures, au chapitre « Aspect extérieur des constructions » du règlement. On y lit une obligation d’insertion urbaine harmonieuse, de qualité des matériaux, ainsi que des prescriptions sur les dimensions (hauteur maximum, largeur du portail), le niveau de transparence (barreaudage ajouré, autorisation et restrictions en termes de festonnages …) et le respect des continuités écologiques (passages pour la petite faune, écoulement des eaux en secteur PPRI ...).

Certaines clôtures, dont le caractère patrimonial a été identifié par les communes, sont protégées ; elles figurent au document graphique et sont parfois listées en annexe du PLUi. Les règles qui s’y rapportent figurent dans le règlement :
- Protection au titre de l’article L151-19 du code de l’urbanisme pour les clôtures bâties ;
- Protection au titre de l’article L151-23 du code de l’urbanisme pour les clôtures végétales.
Les règlementations des documents d’urbanisme applicables aux clôtures sont dans l’ensemble assez exigeantes. La hauteur du muret peut être encadrée, le barreaudage ajouré peut être exigé (limitant les possibilités de murs pleins à des contextes spécifiques). Sur certains communes, l’interdiction complète des festonnages peut susciter des réactions d’incompréhension. Une incitation à doubler la clôture par un rideau végétal peut s’avérer certes bénéfique pour l’élégance du cadre de vie, mais se révéler handicapantes pour les parcelles avec un jardin uniquement sur rue et peu profond, d’autant plus que les feuillages caducs chutent en saison hivernale … L’interdiction de festonnage peut alors encourager la pose sauvage de substituts médiocres.
L’appropriation par les particuliers des règles s’imposant aux clôtures reste faible. De nombreux dispositifs sont installés chaque année sans autorisation d’urbanisme, avec des résultats souvent peu qualitatifs (simple ajout de bâches, végétation synthétique, clôtures pleines, aux couleurs criardes ou dans des matériaux peu pérennes …), pouvant avoir un fort impact urbain, surtout si on retrouve ces caractéristiques à l’échelle d’une rue entière voire à celle d’un quartier.
Le gain d’opacité reste l’un des objectifs souvent poursuivis par le pétitionnaire. Si des cahiers de recommandations (associés au PLUi) peuvent faciliter le dialogue, notamment entre le service instruction et le propriétaire, la qualité de la clôture reste dans de nombreux espaces pavillonnaires une véritable préoccupation.


Sources :